Vis ma vie de Quality Project Manager sur le projet Golfe de Gascogne porté par INELFE

L’Union européenne s’est fixé un objectif ambitieux : accélérer la transition énergétique tout en renforçant sa souveraineté électrique. Pour y parvenir, les pays européens doivent non seulement développer leurs capacités de production, mais aussi améliorer les échanges d’électricité entre leurs réseaux.
Parmi eux, le projet Golfe de Gascogne occupe une place particulière. Porté par INELFE, la coentreprise créée à parts égales par RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité français, et Red Eléctrica, son homologue espagnol, ce projet d’intérêt commun de l’Union européenne bénéficie du soutien financier de l’Europe Cette future interconnexion électrique entre la France et l’Espagne doit permettre de renforcer les échanges d’électricité entre les deux pays et de contribuer à la construction d’un réseau européen plus robuste et plus flexible.
Derrière ce projet de plusieurs milliards d’euros se cachent des centaines d’experts, des fournisseurs répartis dans toute l’Europe, des technologies inédites et des défis industriels hors norme.
Pour mieux comprendre les coulisses de ce chantier, nous avons rencontré Christophe, un consultant d’Amaris Group qui intervient en tant que Quality Project Manager. Fort de plusieurs décennies d’expérience dans l’industrie, il intervient depuis près de deux ans sur le projet pour sécuriser les aspects qualité et accompagner les équipes dans l’identification des risques.

 

 

« Nous sommes en train de construire une infrastructure qui prépare le réseau électrique européen de demain »

 

 

Christophe, pourquoi le projet Gascogne est-il aussi stratégique ?

Le projet répond à un enjeu européen majeur : renforcer les capacités d’échange d’électricité entre les pays. Avec la transition énergétique et le développement des usages électriques, les réseaux doivent évoluer. L’idée est de permettre aux pays européens de mieux partager leurs ressources énergétiques selon les besoins et les périodes de l’année.
Il arrive souvent qu’un pays dispose d’un surplus de production à un moment donné tandis qu’un autre connaît un besoin plus important. Les interconnexions permettent d’équilibrer ces situations.

 

Concrètement, à quoi ressemble le projet ?

Nous avons d’abord deux stations de conversion, une en France et une en Espagne. Leur rôle est de transformer le courant afin de permettre son transport sur de longues distances.
Ensuite, il faut acheminer l’électricité sur plusieurs centaines de kilomètres grâce à des câbles terrestres et sous-marins. Pour cela, il a fallu réaliser d’importants travaux de génie civil, installer des infrastructures de raccordement et traverser des zones particulièrement sensibles.

 

 

Vous avez été surpris par l’ampleur du chantier ?

Même après une longue carrière dans l’industrie, certaines dimensions du projet impressionnent. Le tracé nécessite des forages dirigés sous la Dordogne et sous la Garonne afin de faire passer les infrastructures sans perturber l’environnement. Une partie du parcours se poursuit ensuite sous l’océan avant de rejoindre l’Espagne.

Concrètement, il ne s’agit pas d’un chantier unique mais d’une multitude de projets coordonnés simultanément.

 

 

« Derrière les câbles, il y a des dizaines d’entreprises à coordonner »

 

 

Quel est votre rôle dans cet environnement particulièrement complexe ?

Je suis Project Quality Manager. Mon rôle consiste à surveiller les risques qualité sur plusieurs lots du projet et à alerter les équipes lorsqu’une menace apparaît.

Je travaille aussi bien avec les responsables qualité des sous-traitants qu’avec les experts techniques, les inspecteurs et les chefs de projet.

Lorsqu’un sujet présente un risque potentiel, je dois être capable d’alerter rapidement les responsables du projet afin qu’ils puissent prendre les bonnes décisions.

Parfois, cela peut conduire à demander des vérifications complémentaires ou à retarder une livraison le temps de lever certains doutes.

 

Combien d’acteurs êtes-vous amené à coordonner ?

Beaucoup. Aujourd’hui, je suis en relation avec les responsables qualité de l’ensemble des lots dont j’ai la charge, aussi bien en France qu’en Espagne. Cela représente plusieurs sous-projets, plusieurs entreprises et plusieurs pays.

Je travaille notamment avec trois lots côté espagnol et quatre lots côté français. Nous collaborons également avec un autre consultant d’Amaris Group qui suit les activités liées aux fabricants de câbles.

Au quotidien, cela représente de nombreuses réunions de coordination, des analyses de rapports et des échanges permanents avec les différents acteurs du projet.

 

La dimension internationale est donc très importante ?

Oui. Certains équipements stratégiques sont fabriqués dans différents pays européens. Je suis régulièrement amené à me rendre en Suède, en Finlande ou encore en Italie pour suivre certaines fabrications et échanger directement avec les industriels concernés.

 

« Nous qualifions parfois des équipements qui n’ont jamais été utilisés auparavant »

 

 

Qu’est-ce qui rend le projet particulièrement exigeant d’un point de vue qualité ?

Certains équipements utilisés sur le projet reposent sur de nouveaux designs ou sur des technologies qui nécessitent des phases de qualification très poussées. Avant d’autoriser leur utilisation, il faut démontrer qu’ils répondent à toutes les exigences techniques attendues. Cela implique de nombreux essais et de nombreuses vérifications.

 

Quels types de contrôles réalisez-vous ?

Nous nous appuyons sur plusieurs niveaux de contrôle. Chaque fournisseur reste responsable de la qualité de sa fabrication. De notre côté, nous mettons en place des plans de surveillance et des tableaux de suivi afin de suivre les différentes étapes du projet. Nous réalisons également différents essais.
Il existe par exemple des « routine tests », réalisés directement pendant la fabrication, ainsi que des « sample tests », qui consistent à prélever des échantillons afin de réaliser des essais plus poussés. L’objectif est de s’assurer que les performances attendues sont bien au rendez-vous avant la livraison.

 

Cela demande une organisation importante ?

Oui, parce que certaines productions fonctionnent quasiment en continu. Dans le cas des câbles, les lignes de fabrication peuvent produire plusieurs kilomètres d’affilée lorsque tout se déroule correctement.
L’enjeu est donc de disposer d’un processus de fabrication le plus robuste possible et de détecter rapidement toute dérive.

 

 

« Les experts traitent le fond, moi je veille à ce que rien ne passe entre les mailles du filet »

 

 

Comment réagissez-vous lorsqu’un problème est détecté ?

La première étape consiste toujours à comprendre précisément ce qui se passe. Nous analysons les résultats des essais, les informations disponibles et les impacts potentiels sur le projet. Ensuite, nous mobilisons les experts concernés. J’aime rappeler que je suis expert en qualité, pas en électricité.
Les experts techniques analysent les causes profondes et les conséquences éventuelles. De mon côté, je m’assure que les actions correctives et préventives sont bien définies, suivies et appliquées.

 

Quelle est votre philosophie de la qualité ?

J’utilise souvent une comparaison simple. Lorsque l’on construit une maison, il vaut mieux détecter un problème dans les fondations avant de construire le toit.

Dans l’industrie, c’est exactement la même chose. Plus un problème est identifié tôt, plus il est facile à traiter.

 

Est-il toujours simple d’obtenir les informations nécessaires ?

Pas forcément. Nous travaillons avec des industriels qui développent parfois des technologies stratégiques. Certains fabricants restent naturellement prudents lorsqu’il s’agit de partager certaines informations techniques.

La relation de confiance est donc essentielle. Mais comme j’aime le rappeler : « La confiance n’exclut pas le contrôle. » C’est précisément ce qui permet de sécuriser un projet de cette ampleur.

 

 

Ce qu’il faut retenir

 

 

  • Le projet Gascogne vise à renforcer les échanges d’électricité entre la France et l’Espagne dans le cadre des ambitions européennes de transition énergétique.
  • Derrière cette infrastructure se cache un chantier mobilisant des fournisseurs et des experts répartis dans toute l’Europe.
  • Christophe, Project Quality Manager chez Amaris Group, intervient comme véritable système d’alerte du projet en identifiant les risques et en accompagnant les prises de décision.
  • La qualité repose sur une combinaison d’essais, d’inspections, de plans de surveillance et d’amélioration continue.
  • Sur un projet aussi innovant et complexe, l’anticipation reste la meilleure garantie de réussite.

Propos recueillis par Clémence Romaneix
Chargée de communication chez Amaris Group