On imagine souvent les achats comme un métier de négociation… mais sur les grands projets industriels, la réalité est bien différente. Nous avons échangé avec Alex, consultant Amaris Group en mission chez un acteur majeur de l’ingénierie nucléaire, impliqué dans la conception et la réalisation des projets EPR au Royaume-Uni.
Alex, si vous deviez expliquer votre métier à quelqu’un qui ne le connaît pas du tout, que diriez-vous ?
Je suis acheteur projet et contract manager, avec un rôle clé : sécuriser l’exécution de projets industriels complexes en pilotant les fournisseurs, les contrats et les risques tout au long du cycle de vie des commandes.
Donc vous êtes bien plus qu’un acheteur “classique” finalement ?
Oui. Ce rôle couvre toute la chaîne : de la stratégie achats et de l’appel d’offres jusqu’au suivi d’exécution des contrats, en interface avec les équipes techniques, le planning, la qualité et les juristes.
Qu’est-ce qui vous a amené vers ce métier ?
J’ai toujours été attiré par les environnements internationaux et multiculturels. Le métier permet d’interagir avec des fournisseurs du monde entier sur des projets techniques exigeants.
20 ans… j’imagine que vous n’avez pas toujours été dans le nucléaire ?
Non, pas du tout. J’ai débuté dans les achats industriels dans des secteurs variés comme l’automobile, les télécoms et l’énergie. Depuis plus de 10 ans, je suis spécialisé dans le secteur de l’énergie et du nucléaire, sur des projets majeurs comme les EPR UK (Hinkley Point C et Sizewell C).
C’est là que vous basculez dans l’énergie ?
Le nucléaire est un secteur avec un niveau d’exigence industriel élevé, de forts enjeux sur la qualité, la sûreté et la traçabilité.
Acheteur projet et Contract Manager : « Il faut anticiper les risques »
Concrètement, aujourd’hui, à quoi ressemblent vos journées ?
Les journées sont rythmées par de nombreuses interactions : fournisseurs, ingénierie, qualité, planning… Il faut anticiper les risques, prendre des décisions et résoudre des problématiques complexes.
Le prix reste-t-il un critère central ?
Le prix reste important, mais la priorité est la capacité du fournisseur à tenir ses engagements : qualité, maturité industrielle, respect des délais et solidité financière.
Comment gérez-vous les risques fournisseurs ?
Par l’anticipation, suivi des jalons contractuels et détection des signaux faibles.
Vous avez un exemple concret en tête ?
La gestion d’un fournisseur en difficulté industrielle. Rapidement, nous avons pu agir sur le planning et le contrat pour éviter des impacts majeurs au sein du projet. Cela pouvait mettre en difficulté financière un sous traitant et générer un conflit avec un autre. Finalement, nous avons réussi à réduire des dérives sur le planning, à sécuriser des livraisons critiques et à maîtriser des coûts engagés.
Pouvez-vous nous parler d’une expérience dont vous êtes particulièrement fier ?
Ce dont je suis le plus fier; la confiance qui m’a été accordée au cours de cette mission. Au fil des mois, j’ai eu l’opportunité de piloter plusieurs contrats sur des périmètres très différents. Chaque dossier avait ses propres contraintes techniques, contractuelles et organisationnelles. Voir ces contrats avancer dans de bonnes conditions et savoir que mon travail contribue à la réussite de projets aussi stratégiques est une vraie satisfaction.
« Les relations humaines sont très importante »
On imagine un métier très “bureau”… mais si je comprends bien, ce n’est pas vraiment le cas, si ?
Pas du tout. Il faut aller voir les gens. Les visios, le téléphone, les mails ne suffisent pas. C’est un métier où les relations humaines sont très importantes. Je prends l’avion au moins une fois par mois pour aller rencontrer les fournisseurs, découvrir leur usine, voir les composants que j’achète. C’est ce qui rend le métier concret.
Pourquoi c’est indispensable ?
Parce que certains sujets ne se règlent pas par mail. Quand il y a de la tension ou des sujets complexes, il faut se voir, discuter, comprendre. Les réunions physiques résolvent beaucoup de choses.
Donc la relation humaine reste clé, même dans un métier très contractuel ?
Encore plus dans ce métier. Le contrat encadre… mais c’est la relation qui permet de débloquer les situations.
Au cœur des projets EPR britanniques : sécuriser les achats et les fournisseurs
Aujourd’hui, votre mission vous place au cœur des projets EPR britanniques. Quels sont les enjeux ?
Sécuriser la construction des EPR UK dans un contexte de contraintes planning, réglementaires et industrielles très fortes. C’est un projet international important pour le client, un projet vitrine qui doit rassurer sur ces capacités de production.
Et vous, votre rôle dans tout ça ?
Une sécurisation des achats et de l’exécution fournisseurs : pilotage contractuel, gestion des risques et tenue des jalons critiques.
Si vous n’étiez pas là, qu’est-ce qui manquerait au client ?
Une vision claire et opérationnelle des risques fournisseurs… et surtout la capacité à agir dessus rapidement.
Dans vos décisions, qu’est-ce qui prime vraiment ?
Sans hésiter : la qualité. Dans le nucléaire, une non-qualité ne se rattrape pas.
C’est une pression permanente ?
Oui, il y a une vraie pression sur les délais et sur les fournisseurs. Mais c’est aussi ce qui rend le métier passionnant.
« Sans suivi opérationnel, un contrat ne protège rien »
Avec votre expérience, quelle est l’erreur la plus fréquente chez les débutants ?
Penser que le contrat suffit. Sans suivi opérationnel, un contrat ne protège rien.
Et la compétence la plus sous-estimée ?
L’anticipation. Clairement.
Qu’est-ce qui vous plaît encore aujourd’hui, après 20 ans ?
Construire des relations de partenariat avec les fournisseurs, pas juste négocier.
Dernière question : pourquoi Amaris Group ?
Pour les missions proposées, très orientées grands projets industriels. Et l’équipe, je m’entends très bien avec, c’est très agréable de travailler avec Amaris Group.
Et pourquoi y rester aussi longtemps ?
La confiance, la qualité des missions… et le fait qu’on reconnaisse vraiment mon expertise.
Propos recueillis par Clémence Romaneix,
Chargée de communication d’Amaris Group
Crédit photo : Hydrock